Témoignage sur l'incarcération de chouyoukhs en Aout 1958 -par Aissa Benkattas-

Publié le par MOHAMMED HADJ AISSA

LES-OULEMAS-DE-LAGHOUAT.jpgChaque jour qui passe m’en apprend un peu plus sur mon père des  choses que je ne savais pas et dont il n’aimait pas parler. Ce dont il ne parlait pas lui-même, nous enfants nous n’aimions pas l’aborder parce que nous savions qu’il lui déplaisait beaucoup de parler de sa personne. Il arrivait à le faire des fois lorsque l’un de ses proches amis insistait trop auprès de lui.

J’ai rencontré il y a quelques jours l’un de ses proches amis qui m’a relaté la sombre période de sa détention dans les geôles coloniales.

Il a été arrêté lui et ses compagnons de la medersa ainsi que mon oncle paternel la nuit du 15 aout 1958 ;

De  cet évènement j’arrive à me souvenir parfaitement, j’avais à cette période 11 ans. Cela a été une nuit terrible dont je n’ai oublié aucun détail. Cela m’a marqué pour toute ma vie , j’ai appris cette nuit là la véritable nature du colonialisme : toute une armée avec son arsenal meurtrier  pour prendre d’assaut une maison paisible , portes défoncées , injures, menaces ,

Cet ami de mon père m’a appris, chose que je ne savais pas avant ce jour, que toutes les personnes qui ont été prises ce jour là devaient être exécutées sans jugement, si Ahmed Chatta et si Attalah Choul le furent quelques jours après leur arrestation. Les autres devraient attendre leur tour qui ne vient jamais  grâce à la bénédiction  et la protection du tout-puissant,  le maitre des mondes.

Chikh el hocine a raconté à notre ami qu’après les séances  quotidiennes de torture, on adopta une autre méthode de torture encore plus barbare : on sortait les prisonniers loin de la ville et on leur ordonnait de creuser leurs tombes, une fois celles-ci creusées on leur ordonna de les combler et le même scénario se répète le lendemain . Chaque matin les prisonniers pensaient que ce serait le dernier , quoi de plus terrible que de vivre une telle situation  quotidiennement ?.

Chikh Boubakeur raconta à notre ami que le 23ème jour de leur arrestation, chikh Chatta fut sorti de sa cellule et plus jamais il ne fut revu vivant. Il fut froidement exécuté et enterré à quelque 30 km de la ville mais on n’a jamais pu retrouver son corps malgré plusieurs recherches.  On fit croire à ses compagnons qu’il est toujours vivant en  faisant porter les vêtements de chikh Chatta à un soldat ayant la même taille et la même corpulence. Ils ont voulu leur faire croire que le chikh  était toujours vivant et qu’il est  seulement transféré à un autre endroit  , ils firent avancer devant eux le soldat déguisé  avec ces paroles prononcées par un officier «         Allez Chatta , monte sur la jeep » et le véhicule démarra en trombe et disparait devant leurs yeux. Mais nos chouyoukhs  savaient intuitivement que leur compagnon n’était plus de ce monde.

Cet important  témoignage m’a été rapporté par notre ami Aissa Benkattas qui a côtoyé de très près mon père pendant plusieurs années.

Qu’il soit vivement remercié pour ce devoir de mémoire en espérant le rencontrer une nouvelle fois pour un autre témoignage.

 

 

Publié dans SOUVENIRS

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