Si Mabrouk Djoudi:Le maitre luthier de Laghouat- posté par A.Mimouni-

Publié le par LAGHOUATI

si mabrouk djoudi

 

 

Artisan luthier de son état, cheikh Djoudi Mabrouk, né en 1918 à Laghouat, est également musicien et cousin germain du regretté cheikh Rey Malek de Laghouat. Il fait figure dans cette ville d’une personnalité culturelle et artistique incontournable, tant il rayonne par son activité ininterrompue dans le domaine de l’apprentissage musical d’une part et artisanal d’autre part. A l’occasion d’une visite à Laghouat, il s’est confié aux lecteurs d’"El Moudjahid" de son riche passé artistique.

 

A l’occasion du début du déclen­chement de la Lutte armée, vous avez conçu des compositions musicales engagées...

A partir déjà de 1944, la sensibilisation an nationalisme était très forte. La révolution armée se préparait, je faisais à ce moment-là des  compositions nationalistes type anachid, (chants patriotiques). Ces différentes oeuvres ont donné un cachet particulier à la ville de Laghouat, outre bien sûr l'andalou, le chaâbi et le sahraoui qui se pratiquaient régulièrement. Dans un style local, je suis intervenu dans la réadaptation du chant populaire du terroir avec l'atmosphère politique et nationaliste du moment.

 

Sur le plan des paroles, de quoi vous êtes-vous inspiré ?

Essentiellement du patrimoine lyrique national tels Bentriki. Ben Msayeb, Ben-Keriou, Smati etc.

 

Vous étiez l'instigateur de la formation de la célèbre association Thuraya. Comment avez-vous ussi à vous produire à Radio-Alger à l'époque ?

Comme toute association qui se constitue, on était déjà un groupe d'amis passionnés par la musique.

On a décidé en 1945 de nous former officiellement en association, j’étais en même temps le chef d'orchestre et le président.

Notre premier contact à Radio Alger s'est réalisé en 1946, à l’époque du regretté Mahieddine Lakehal. C'était un pur hasard, car nous sommes allés animer une cérémonie familiale. Assistait parmi les convives cheikh Othmane Bouguetaïa qui est venu nous voir pour nous proposer d'effectuer une émission radiophonique en direct des studios d’Alger. Après cette émission au cours de laquelle avait chanté cheikh Hadef Mohammed deux chansons de son répertoire que j’avais écrites et composées, nous sommes revenus pour animer la cérémonie de mariage du Cheikh Othmane Bouguetaia­

Nous avons obtenu un grand succès au sein des mélomanes d’Alger : je n’étais âgé que de 28 ans, marié avec deux enfants à ma charge.

 

Vous êtes aussi artisan luthier, comment  avez-vous réalisé votre premier luth?

C'était  à partir de ma condition de musicien

La lutherie était rare en Algérie. J'ai senti le besoin d'essayer de le fabriquer moi-même par tâtonnement d'abord. Le premier était un échec, mais le second a été réussi grâce aux indications de mon cousin Cheikh Djoudi Mohamed dit Rey Malek qui était installé à cette époque en Syrie. Il n'était que de passage à Laghouat. A son retour deux années plus tard il a trouvé un luth correct avec lequel il donnait même des leçons aux élèves de Thouraya.

 

Vous pratiquez dans votre réper­toire un style de musique andalouse particulière, cela est dû à quoi ?

Nous tenons effectivement de deux tendances du classique andalou. Le style sanaâ d’Alger et le malouf constantinois. L'apport de Rey Malek a été très significatif dans ce domaine. Il a beaucoup voyagé et de ce fait le genre que nous pratiquons se trouve être tout à fait propre à notre ville.

 

Est-ce que Rey Malek a laissé des élèves et quelles étaient ses relations avec le monde artistique à Alger ?

Vers les années 1945-46 il avait dispensé un apprentissage particulier à des élèves qui sont devenus des Cheikhs à leur tour ; il s’agit de Lamri Sayah, Talbi Ahmed, Hadef, Bourezq et Tahar Amri entre autres.

Ses relations à Alger se sont faites avec les grands maîtres de l'époque, El Anka, Mrizek, Menouer et Sadek Bejaoui. Il faut noter que c’est le grand poète révolutionnaire et regretté Cheikh Moufdi Zakaria qui l’a fait venir à Alger après l'avoir rencontré à Tlemcen. C'était juste après sa démobilisation en 1943.

II avait noué une relation tout à fait particulière avec le célèbre drabki Debbah Ali dit Allilou. Ce dernier avait appris de lui certains rythmes de la structure musicale arabe.

 

Est-ce que Cheikh Rey Malek a écrit des poésies ?

Il était connu pour avoir emmagasiné tous les morceaux du patrimoine populaire, on ne lui connaît pas beaucoup de compositions, sauf peut-être une adaptation de la célèbre chanson de R. Jorno "Ana Targui" qui est devenue "Ana el arbi ould el arbiya", ainsi qu'une autre inspirée du poète populaire égyptien Seyad Derwiche - Ya ommi ma tebkiche.

Son seul principal souci était de transmettre un message, celui de l'identité culturelle nationale.

 

Et vous mêmes?

J'ai beaucoup produit pour les artistes locaux, surtout ceux qui sont passés par l'Association Thouraya, Ahmed Hadef en particulier. Toutes mes œuvres sont uniquement à la radio, je n’ai jamais commercialisé mes produits.

 

Pourquoi cela ?

A l'époque, j'étais jeune, je n’avais le souci que de bien faire, le côté mercantile ne m’intéressait pas. Rey Malek était comme ça aussi.

 

Avez-vous pensé à transmettre votre savoir-faire de luthier à  des jeunes ?

Cela a toujours été ma préoccupation. Mon atelier est exigu et je procède entièrement à la main. Je voudrais bien me doter de matériel spécifique et engager des élèves. La lutherie dans notre pays A toujours été en deçà de ce qu'elle devrait être. Présentement je transmets à quelques élèves, mais ce n’est pas suffisant.

 

Entretien réalisé par Abdelkader BENDAMECHE

El Moudjahid  Mercredi 1er juin 1994

 

Publié dans H.MIMOUNI

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Soukehal Djamal Abdenasser 04/03/2011 07:01



C'est nous.


A l'époque, j'étais jeune, je n’avais le souci que de bien faire,
le côté mercantile ne m’intéressait pas. Rey Malek était comme ça aussi



Samir 03/03/2011 22:39


C'était un grand monsieur qui avait su s'adapter c'est une Icone Samir Amirouche Ouramdane d'Azzouza


MOHAMMED HADJ AISSA 03/03/2011 15:21



je remercie au nom de tous les habitués du blog si Ahmida Mimouni pour cette aimable contribution qui est là pour nous rappeler l'un de nos illustres disparus qui mérite tout notre respect et
toute notre admiration pour ses immenses talents