Le Siège De Laghouat Décembre 1852( Général Du Barail)

Publié le par LAGHOUATI

À la suite du documentaire, diffusé avant hier sur la chaine de télévision A3, sur le génocide perpétré, un certain 4 décembre 1852, contre la population de notre chère ville Laghouat par les ainés des actuels donneurs de leçons d'éthique et de liberté d'expression, je vous propose de lire les souvenirs du Général Du Barail, l'un des tortionnaires de ce holocauste. Des souvenirs, bien-sur, entachés de moult occultations, déjouées par les récits de nos ancêtres, de plusieurs scènes d’atrocités qu'à connu la population de Laghouat. و شهد شاهدٌ من أهلها

Le Siège De Laghouat
Décembre 1852

La ville de Laghouat était un foyer d'insurrection. Le chérif d'Ouargla travaillait contre nous cette région du Sahara algérien. Il fallait en finir. Le général Yusuf fut d'abord engagé seul contre Laghouat, tandis qu'on organisait une colonne plus sérieuse qui vint mettre le siège devant la ville.

Certain jour, une reconnaissance faite sur la porte de l'Est fut accueillie à coups de canon. Un boulet tapa en plein dans notre colonne, sans nous faire grand mal d'ailleurs, puisqu'il n'enleva qu'une jambe de cheval. Nous sûmes que les insurgés disposaient de deux pièces de canon, dont l'une de 8, bonne et montée sur un affût roulant; l'autre à peu près hors de service. La première tira pendant tout le siège, et nos artilleurs ne devaient pas parvenir à la démonter.
Cela devenait donc tout à fait sérieux. Le chérif était enfermé à Laghouat, sa présence fanatisait les défenseurs, et le Sud des trois provinces : Alger, Oran, Constantine, menaçait de s'enflammer si on ne venait pas vite à bout de cette insurrection. Il s'agissait de ne pas recommencer les plaisanteries de Zaatcha et de ne pas s'exposer à des échecs par des efforts successifs et insuffisants. Heureusement cette leçon encore récente avait porté ses fruits.
Dans les trois provinces manoeuvraient des colonnes prêtes à se concentrer, et d'Alger même le gouverneur général faisait partir des troupes qui, d'ailleurs, ne dépassèrent pas Médéa. La plus rapprochée de nous était celle du général Pélissier, qu'il avait formée avec les meilleures troupes de la division d'Oran, qu'il commandait en personne, et qui était déjà descendue au sud du Djebel-Amour. Aussi arriva-t-elle devant Laghouat dès que le général Yusuf eut lancé partout des demandes de secours et averti le gouverneur général de la tournure que prenaient les affaires dans le Sud.
Le général Yusuf et le général Pélissier avaient été jadis très liés ; mais, je ne sais pour quelle cause, leurs rapports s'étaient refroidis. Le premier exagérait les formes de sa déférence pour son supérieur, et le second y répondait par une familiarité

affectée et gouailleuse. Dès que la colonne d'Oran fut signalée, le général Yusuf, suivi de tous ses officiers, se porta à sa rencontre et crut l'occasion bonne pour placer un petit discours. En abordant le général Pélissier, il commença ainsi : « Mon général, nous sommes tous très heureux de vous voir venir partager nos travaux. » Et le général Pélissier d'interrompre bientôt : « Comment, partager? C'est diriger que vous voulez dire. » Et comme Yusuf, interloqué, toussotait pour retrouver le fil de sa harangue : « Vous êtes enrhumé, Yusuf? Ah! Par exemple, je veux bien partager votre rliunle. Comment va madame Yusuf? » Le discours était fini, et l'orateur se mordait les lèvres, pendant que nous nous mordions les moustaches pour ne pas rire.
Cependant le général Pélissier accepta de bonne grâce l'invitation à dîner pour le soir même, et fut éblouissant" d'entrain, de confiance et de bonne humeur pendant tout le repas, faisant des mots à propos, de tout et de rien.
Le capitaine Gruard lui expliquait que la ville était fortifiée, qu'elle était entourée d'une chemisette en briques et renforcée par huit tours faisant l'office de bastions. « Huit tours, dit le général. Celui que nous allons leur jouer fera neuf. » Le jeu de mots n'avait rien de bien extraordinaire ; mais si loin de Paris on n'est pas difficile, et il fut accueilli comme un prodige d'esprit. Avant de se retirer, le général Pélissier donna les ordres pour une reconnaissance projetée pour le lendemain. La division d'Oran s'était établie sur la rive droite de l'Oued-Mzi, dont nous occupions la rive gauche. Plus au sud s'était installée la petite colonne venue la veille de Bouçaada sous les ordres du commandant Pein : deux escadrons de chasseurs d'Afrique et une très forte compagnie de tirailleurs indigènes.
Il est utile, pour bien comprendre l'histoire de ce petit siège, de se rendre un compte sommaire de la position de la ville de Laghouat. Elle est bâtie sur deux rochers qui émergent d'une plaine s'étendant au loin vers le sud et sur la rive droite de l'Oued-Mzi. Un canal, dérivé de la rivière, passe entre les deux rochers, et, après avoir arrosé les jardins du nord, va arroser les jardins du sud, séparant ainsi la ville en deux quartiers : le quartier de l'Est, habité par les Oulad-Suguines, et le quartier de l'Ouest, habité par les Hallafs, quartiers entre lesquels règne généralement une discorde qui va jusqu'à des rixes, où il y a parfois mort d'hommes. Le rocher de l'est est taillé à pic et descend brusquement à la rivière. Celui de l'ouest s'étend dans la plaine par un moutonnement de sommets décroissants et séparés par des cols assez larges. Ces rochers sont d'une aridité absolue. Ils ne portent pas un atome de terre végétale, et leur aspect désolé contraste avec le vert intense de l'oasis qu'ils coupent en deux. Les jardins de cette oasis sont plus beaux et plus nombreux au nord qu'au sud, parce que ceux du nord sont servis les premiers par les eaux du canal, qui arrivent en moins grande quantité au sud. ; L'aspect général du pays est d'une tristesse grandiose. En dehors de l'oasis, aussi loin que la vue peut s'étendre, on n'aperçoit pas un brin d'herbe. Partout des pierres calcinées. Partout du sable. Dans les profondeurs du sud, le désert apparaît stérile et nu. Du côté du nord le regard est arrêté par une ligne de rochers qu'un sable jaune, rutilant, plaqué dans leurs anfractuosités, fait paraître plus noirs et plus brûlés. Dans les grandes chaleurs de l'été, alors que l'air vibre autour de soi, on dirait voir des flammes léchant du charbon. En 1853, lorsque le peintre Fromentin vint en Afrique, il me raconta que ce sable et ces rochers faisaient son désespoir, et qu'il ne pouvait pas rendre ces effets de lumière intense et aveuglante. « Les plus vives couleurs de ma palette me paraissent, disait-il, de la boue sans reflet. » Le 3 décembre, le général Pélissier, ne laissant au camp que la garde strictement nécessaire, fit prendre les armes à toutes les troupes pour reconnaître la place et déterminer le point d'attaque. En voyant se former nos colonnes, les Arabes crurent que l'instant de la lutte suprême était arrivé, et sortirent en grand nombre pour défendre les approches. Embusqués dans les rochers, abrités derrière les murs des jardins, ils commencèrent eux-mêmes le feu. Nous eûmes pendant cette journée plus de cent hommes tués ou blessés, et principalement au marabout de Sidi-el-Hadji-Aïssa, petit monument bâti sur un des pitons qui font suite aux rochers de l'ouest. Cette position, qui commandait l'enceinte, fut prise et reprise plusieurs fois, parce que le général, qui ne voulait pas la garder, la faisait abandonner, après chaque prise, et reprendre, dès que les Arabes y revenaient, pour ne pas leur laisser l'apparence d'un succès. C'est là que fut blessé mortellement le capitaine de zouaves Bessières, parent de l'illustre duc d'Istrie, jeune officier promis au plus brillant avenir, et qui mourut au bout de deux jours du tétanos et de la résorption purulente.

Pendant que l'infanterie combattait, la cavalerie était en bataille autour de l'oasis, pour en compléter l'investissement. Elle eut affaire avec l'unique pièce de canon de la place. Mais ses pointeurs, au lieu de s'attacher à un point précis et de rectifier leur tir, distribuèrent des boulets à tous les groupes de cavaliers qu'ils découvraient, et n'en atteignirent aucun.
Le général Pélissier, sachant ce qu'il voulait savoir, ramena les troupes, que l'ennemi fit mine de poursuivre, malgré ses pertes. Il fallut une forte arrière-garde pour le contenir dans ses jardins.
Dans la nuit, le général en chef fit enlever presque sans coup férir le marabout, sur lequel il voulait placer sa batterie de brèche. Le poste qui le gardait fut surpris et détruit. Aussitôt les deux pièces de campagne de la colonne d'Oran y furent amenées à bras d'hommes, et on construisit des épaulements avec des sacs de terre. Le marabout, crénelé et garni, lui aussi, de sacs de terre, devint le réduit et le magasin des munitions. Enfin, la position fut fortement gardée et mise en état de défense. C'était de là que devait partir la colonne d'assaut.
Au point du jour, la batterie commença son feu. Derrière elle, protégée par l'inclinaison du rocher, était massée la colonne d'assaut, composée de deux bataillons du 2ème zouave, commandés par le lieutenant-colonel Clerc. En même temps, les troupes du général Yusuf, sous les ordres duquel s'était rangée la petite colonne de Bouçaada, prenaient position vis-à-vis de la porte de l'Est. Elles étaient munies d'échelles et devaient tenter l'escalade dès que les troupes d'Oran couronneraient à l'ouest la brèche ouverte par l'artillerie.
Nous autres, les cavaliers, nous étions, comme la veille, répandus autour de l'oasis pour ramasser les fuyards. Du point où j'étais, je voyais parfaitement arriver les boulets sur le mur d'enceinte. Ils commencèrent par faire des trous ronds dans la brique crue. Bientôt, l'ensemble de la construction se désagrégeant, un large pan de mur tomba, ouvrant une brèche et nous découvrant en même temps les défenseurs groupés derrière les murs, à l'abri des tours et prêts à fondre sur l'assaillant. Le canon de la place avait répondu de son mieux, mais ses boulets se perdaient dans nos sacs de terre.
Enfin, dominant toute la scène, assise sur les rochers du quartier des Hallafs, se dressait la maison de commandement de l'ancien khaliffa. On l'appelait Dar-Séfah. C'était pour les Arabes le dernier refuge, la citadelle.

Vers onze heures le canon se tut. Nous entendîmes de grands cris, aussitôt suivis d'une vive fusillade. La colonne d'assaut apparaissait sur la brèche, où les zouaves bondissaient comme des démons. En même temps la colonne de Médéa opérait son escalade à l'est, s'enfonçait dans la ville et venait se réunir à la colonne d'Oran, au pied de Dar-Séfa. Enfin, à midi, les deux généraux se donnaient la main sur la haute terrasse de la maison de commandement, aux acclamations de leurs soldats, pendant que sur leurs tètes on hissait les trois couleurs victorieuses. La ville était prise d'assaut.
Elle subit toutes les horreurs de la guerre. Elle connut tous les excès que peuvent commettre des soldats livrés un instant à eux-mêmes, enfiévrés par une lutte terrible, furieux des dangers qu'ils viennent de courir, furieux des pertes qu'ils viennent d'éprouver et exaltés par une victoire vivement disputée et chèrement achetée. Il y eut des scènes affreuses. Il y eut aussi des actes d'humanité vraiment touchants. J'en vais citer un. Les rues et les maisons étaient remplies de cadavres d'hommes, de femmes et même d'enfants que les balles aveugles n'avaient point épargnés. Je vis deux soldats du bataillon d'Afrique, de ceux qu'on appelle des zéphyrs, détacher du cadavre de sa mère éventrée par un coup de baïonnette, un pauvre petit moricaud de trois ans, raidi par la terreur. Ils l'emportèrent dans leurs bras, et, le soir même, le firent adopter par la compagnie, qui l'éleva. Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Mais longtemps, à Laghouat, je l'ai vu suivre ses nombreux pères d'adoption et marcher derrière eux, fier et content, le pauvre petit.
Pendant le carnage, les fuyards étaient venus donner dans le filet de cavalerie.
On sabrait tous ceux qui résistaient, et on envoyait ceux qui faisaient leur soumission rejoindre le troupeau lamentable formé par toute la population de Laghouat, hommes, femmes, enfants, tout cela prisonniers, à la merci du vainqueur, sans qu'aucune convention protégeât les vies ni les biens.
Et le chérif, le Mohammed ben Abdallah de la chose? Où était-il? Nous espérions bien le pincer au débucher. Mais pour cela il eût fallu fouiller sur l'heure tous les jardins, tous les recoins, tous les puits. Ou bien le général Pélissier n'y pensa point, ou bien, ce qui est plus probable, il ne voulut pas exposer à de nouvelles fatigues, à de nouveaux dangers ses troupes exténuées et d'ailleurs débandées. Le chérif se tint caché, avec quelques guerriers, au fond d'un jardin, et pendant la nuit il gagna au pied et échappa aux patrouilles qui circulaient autour de l'oasis.

Cet illuminé, qui appartenait à la grande tribu des Ouled-Sidi-Cheiks, avait été maître d'école et fabricant d'allumettes. En 1842, il se transforma en marabout, devint l'adversaire d'Abd-el-Kader et se rapprocha de nous.
Il devint même notre khaliffa à Tlemcen. Il se rendit insupportable, et pour s'en débarrasser on lui procura les moyens de faire le pèlerinage de la Mecque. On ne sut pas comment il en revint. Mais en 1848 il se fixa à Ouargla, où une espèce de voyante le sacra sultan du désert et effroi des chrétiens. En allant le rejoindre, après sa défection, Ben-Chora en fit un personnage puissant. Il fallut le siège et la prise de Laghouat pour diminuer son influence. Échappé de nos mains miraculeusement, il retourna à Ouargla, puis à Tuggurt, dont la prise mit fin à son rôle et à son histoire.
Ce ne fut que le lendemain, trop tard par conséquent, qu'on fouilla les jardins de l'oasis. La colère des troupes avait cessé. Le désordre avait pris fin, et toutes les autorités militaires, depuis les généraux jusqu'aux caporaux, avaient passé la nuit et déployé la plus louable activité à remettre tout le monde dans les mailles de la discipline.
Parmi les nombreuses victimes tombées glorieusement sur la brèche de Laghouat, il en est une à qui je dois une mention particulière et que le lecteur, d'ailleurs, a déjà vue passer dans ces Souvenirs : le général Bouscaren, commandant en second la colonne d'Oran, sous les ordres de son ami Pélissier. Au moment où la colonne d'assaut partait de la batterie de brèche, il reçut une balle qui lui brisa la cuisse au-dessus du genou. On l'emporta au camp sur un brancard improvisé. Il était très populaire dans l'armée, et les soldats qui étaient restés au camp, en le voyant rapporter, le saluèrent, dans un élan spontané, de ce cri: « Vive le général Bouscaren ! » Alors, lui, se- soulevant : « Non, mes amis, dit-il, ce n'est pas cela qu'il faut crier, c'est : « Vive la France ! »
- Ainsi, au siège de Maëstricht par le maréchal de Vauban, en 1673, un sergent des gardes françaises, gravement blessé et rapporté au camp, dit à ceux qui le plaignaient : « Moi, ce n'est rien. Mais le régiment s'est bien montré. » Admirable esprit de corps qui détachait en quelque sorte l'homme de lui-même et lui faisait oublier ses souffrances, au profit de la collectivité.
Esprit de corps qui fait les héros, esprit de corps qui fait les nations invincibles, plaise à Dieu que tu ne nous aies pas abandonné ! J'ai déjà dit que Bouscaren,

le créole épique, le coeur d'or, l'Africain légendaire, mourut sur mon coeur après avoir subi l'amputation de la cuisse, qu'on avait cru pouvoir lui épargner.
Il faut aussi consacrer un hommage spécial à une autre mort glorieuse : celle du commandant Morand, qui fut tué en enlevant sous une grêle de balles son bataillon de zouaves sur la brèche. Il était le second fils de l'illustre général Morand, le chef de l'une des trois fameuses divisions de Davout à Auerstsedt, l'auteur de Y Armée suivant la Charte. Il avait deux frères qui, comme lui, moururent au feu, dans les grades supérieurs.
Malgré mon horreur pour ce qu'on appelle le document, et quoiqu'il soit bien stipulé entre le lecteur et moi que j'écris des Souvenirs et non de l'histoire, je crois devoir transcrire ici le récit officiel de la prise de Laghouat, parce qu'il est signé : PÉLISSIER.
Le voici tel qu'il a paru dans le Moniteur du 14 décembre 1852 :
« Au quartier général de la maison de Ben-Salem, sous Laghouat, le 4 décembre 1852, à midi.
« Monsieur le gouverneur général,
« Je vous ai rendu compte, hier au soir, des dispositions que j'avais prises pour la journée de ce jour. Au lever du soleil, je me suis porté à la batterie de brèche établie au marabout de Sidi-el-Hadj-Aïssa. « A sept heures, je donnai l'ordre d'ouvrir le feu et de détruire les trois tours et les courtines qu'il fallait renverser pour entrer dans la ville. Ce feu fut admirablement conduit par le lieutenant Caremel, officier dont je ne saurais trop louer le sang-froid, le courage et la bravoure. Les assiégés nous répondirent par une mousqueterie violente et par le tir de leur pièce, dont plusieurs boulets se logèrent dans le marabout qui servait de coffre à notre batterie ; mais leurs efforts furent inutiles ; les tours et les courtines furent bientôt échancrées par nos boulets et nos obus, et vers dix heures la brèche se trouvait praticable.
« J'avais prévu ce moment et donné tous mes ordres pour la disposition des colonnes d'assaut. Deux bataillons de zouaves, l'un du 1er régiment sous le commandement du chef de bataillon Barrois, l'autre du 2e sous celui de M. le commandant Malafosse, devaient se réunir sur la brèche en passant, le premier sur le versant est du marabout, le second sur le versant ouest. Le commandant Morand,

avec son bataillon du 2e zouaves, devait servir d'appui à l'attaque, et enfin le lieutenant-colonel Gérard, avec deux compagnies d'élite du 50c et les compagnies d'occupation du marabout, devait assurer les derrières et les flancs des colonnes d'assaut. Lorsque mon aide de camp, le capitaine Renson, que j'avais chargé de veiller à cette organisation de l'attaque, vint m'avertir que tout était prêt, et que le capitaine Brunon du génie m'eut confirmé dans mon appréciation que la brèche était praticable, je fis sonner la marche des zouaves et la charge. Les deux premières colonnes s'élancèrent comme l'ouragan et balayèrent les défenseurs de la brèche, malgré la résistance la plus fanatique et la plus opiniâtre; je m'élançai avec mon état-major et M. le colonel Clerc à la tête de la colonne Morand, et quand j'eus franchi la brèche, je compris que la ville était à nous.
« Les trois bataillons de zouaves descendirent comme un fleuve de la position dominante qu'occupaient les tours, et, électrisés par leurs braves commandants, se dirigèrent vers la maison de Ben-Salem, espèce de citadelle qui domine la ville; le lieutenant-colonel Dcligny en fit enfoncer la porte, et bientôt l'aigle du 2e zouaves et mon guidon de commandement flottèrent sur le minaret de cette maison, où le chaouch Ahmoud ben Abd Allah entra le premier; à partir de ce moment, Laghouat était à moi.
« J'étais convenu avec le général Yusuf qu'il commencerait son escalade sur la pointe nord de la ville, dès qu'il apercevrait la fumée d'un feu que je devais faire allumer sur le mamelon dominant Sidi-el-Hadji-Aïssa. La fumée du canon et de la mousqueterie absorbait celle du signal ; mais à la cessation du feu de la batterie de brèche et au bruit de notre sonnerie de la charge, cet officier général enleva les campements qu'il avait devant lui, lit appliquer ses échelles et bientôt franchit les murailles avec un élan irrésistible.
Bientôt nous nous donnâmes la main, et son guidon flottait à côté du mien sur la maison de Ben-Salem.
« Cette opération, que je ne puis vous décrire que d'une manière très sommaire, afin de ne pas retarder d'un instant la nouvelle d'un succès si honorable et si glorieux pour nos braves troupes, a été brusquée avec une vigueur admirable. C'était un spectacle magnifique, Monsieur le gouverneur général, et qui fit battre toutes les âmes généreuses, que ce double assaut qui rappelle nos meilleurs jours. Je ne saurais vous dire combien j'en suis fier, non pas pour moi, mais pour nos

soldats, si beaux quand ils franchissaient les murailles au cri de : Vive l'Empereur! et saluaient d'acclamations enthousiastes l'apparition de l'aigle du 2e zouaves sur la maison de Ben- Salem.
« Je fais occuper régulièrement la ville: la lutte se continue encore dans les jardins ; l'infanterie y massacre les derniers défenseurs; la cavalerie sabre tout ce qui tente de s'échapper de l'enceinte des palmiers ; pas un de ces fanatiques n'échappera. Je ne sais pas encore le sort du chérif; il faudra le chercher sans doute parmi les cadavres. Les femmes, les enfants ont été respectés, et les soldats auxquels j'avais recommandé la générosité ont montré autant d'humanité que de bravoure. Je ne puis encore vous parler de nos pertes; les précautions prises et l'impétuosité de l'attaque me font espérer qu'il ne se mêlera pas trop de regrets à la joie de la victoire.
« La cavalerie du colonel Rame du 2e chasseurs d'Afrique et celle du Lieutenant-colonel Lichtlin du 1er chasseurs d'Afrique poursuivent les fuyards au moment où je vous écris, et j'aurai sans doute à vous signaler les services de cette arme. On m'apprend à l'instant que le capitaine du Barail a tué le cadi de Laghouat...
« Je vous prie d'excuser la rédaction de cette lettre, écrite au milieu des derniers coups de fusil et sous l'empressement bien naturel de vous apprendre cet important résultat. Agréez, etc. Le général de division commandant en chef la colonne du Sud. « A. PÉLISSIER. »

(Souvenirs du général du Barail.)
(Pion,éditeur.)

Publié dans HISTOIRE DE LAGHOUAT

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Mechattah ahmed 21/12/2014 14:20


Benaceur Ben Chohra Ben ferhat (1804-1884) suite


L'Emir Abdelkader à qui il proposa de reprendre le combat pour libérer le pays du joug du colonisateur, mais ce dernier refusera la proposition de Banaceur Ben Chohra prétextant avoir signé un
traité avec les Français.


Ensuite, il se réfugia à Tozeur et Nafta dans le Djérid tunisien où il sera l'hôte du chef de la Zaouïa Rahmania qui accueillait tous les combattants et résistants algériens et à travers toute la
Tunisie, où il noua des contacts avec les réfugiés algériens, avec lesquels il organisaiy des incursions en territoire algérien contre les tribus collaboratrices avec l'ennemi et les soldats
français et leurs troupes qui furent harcelés sans cesse.


Ses actions soutenues par Med Boualeg Yagoubi et Aïssa finirent par provoquer le courroux du Bey de Tunis qui ordonna à ses représentants d'arrêter ces deux dirigeants et mettre fin à ces actions
belliqueuses réccurentes qui pourraient attirer à son pays les foudres de guerre de l'armée française.


Déçu par ce geste lâche et inapproprié Benaceur Ben Chohra écrivit au Bey de Tunis une lettre très courroucée lui demandant d'accorder plus d'intérêts à la cause algérienne "nous sommes au
service de Dieu et de son prophète Mohamed (QSSL) nous ne manquons pas d'honneur dans notre pays nous servons notre religion ce qui prouve que c'est bien la foi et le patriotisme sincère qui nous
guident dans notre combat".


Lorsque la résistance des Ouleds Sidi Cheikh fut déclenchée en 1864, Benaceur Ben Chohra retourna clandestinement en Algérie, entra à Ouargla, prit contact avec Si Laala et participa avec lui à
de nombreuses batailles victorieuses, ils s'associèrent et se constituèrent une armée de 1.500 cavaliers qui accrocha pendant plusieurs jours l'armée française dans la dure bataille de Taguine le
6 août.


Les deux hommes déplacèrent leur armée qui comprenait les cavaliers des Ouleds Sidi Cheikh et les Larbaâs des Ouleds Aïssa au sud de Brézina pour rencontrer Sidi El Hadj Eddine de la Saoura pour
faire jonction avec son détachement mais l'armée coloniale aidée des supplétifs et des rénégats algériens plus puissante en hommes et en armes les coupa de leurs arrières et de leurs bases
d'approvisionnements.


Et lorsque éclata la deuxième révolte des Ouleds Sidi Chekh la conduite du Cheikh Bouamama, Benaceur Ben Chohra faisant fi des risques encourus (sa tête était mise à prix) les rejoignit en
passant au nez et à la barbe des soldats français auxquels il fera en cours de route des misères par Oued Zargoun, M'heyguen, Tadjerouna et Lalmaya.


En 1865, il retourna à Ouargla en compagnie de Si Laala, e rendit à El Golèa et Aïn Salah pour mobiliser les gens et etendit son action jusqu'à Aïn Madhi qui résistait toujours aux coups de
butoir de l'armée coloniale qui réprimait à tout-va, afin d'étouffer dans l'oeuf toute velléité contestataire trop menaçante pour sa sécurité.


Tout en menant héroïquement son combat en Algérie, il n'interrompit pas ses contacts avec la Tunisie où il continuait à se rendre pour recruter des partisans, fomenter des plans, tendre des
embuscades et assurer la fourniture des armes et des provisions aux diverses insurrections qui éclataient un peu partout.


Il participa également à la résistance de Cheikh El Mokrani et du Cheikh Aheddad (El Haddad) en 1871, agissant en terrain conquis sur tout ke front du Sahara oriental pour desserrer l'étau que le
colonisateur exerçait de façon permicieuse et continu sur la Kabylie qui résisitait, le colonisateur voulant " imposer un climat de terreur et de répression pour mettre tous les Algériens sous
tutelle".


Après l'arrestation suite à des délations le 20 janvier 1872 d'Ali Boumezrag, chef des partisans d'El Mokrani, près de Rouissat,Benaceur Ben Chohra poursuivra sans répit son activité à partir du
Djérid et Nefzaoua pendant plus de huit ans (jusqu'à 1880) jusqu'à ce que le Bey de Tunis sous la menace des français l'oblige à quitter définitivement le territoire tunisien.


Mais l'idée de ces potentats locaux à la solde de l'ennemi ne leur vient décidémment jamais de se demander pourquoi des peuples entiers peuvent si durablement pâtir, sans réagir, de leurs
hallucinations et de leurs soumissions peut-être parce qu'ils ne se posent pas la question, rassurés par les déférences assidues de leurs infatigables affidés, qu'ils sont toujours les premiers
surpris des révoltes qui finissent par les emporter.


à suivre ...

Mechattah ahmed 20/12/2014 22:26


BENACEUR BEN CHOHRA BEN FERHAT (1804-1884) :


Membre de la triibu des Maamra et El Hadjadj, qui est rattachée elle-même à la mythique tribu des Larbaas, Benaceur Ben Chohra Ben Ferhat nquit en 1804 à Mekhareg (actuellement honoré par son
nom).


Très jeune il se distingua par des qualités de chef et de cavalier émérite, son courage et sa bravoure lui conférèrent auprès de ses pairs et même de ses ennemis le caractère et le Pedigree d'un
grand guerrier.


Il débuta son combat en 1841 ontre le colonisateur et fut arrété à Moujbara dans la région de Médèa, il sera interné à la prison de Boghar qu'il quittera quelques jours plus tard après une
invasion des plus spectaculaires le 05 septembre 1851 en éliminant plusieurs gardiens surarmés.


Il se maria une première fois avec la fille du Khalifa de Laghouat Bensalem Ahmed qui lui donna une fille et dont il divorça rapidement pour deux raisons essentielles, la première en rapport avec
le refus de cette dernière de l'accompagner dans les profondeurs du Sahara où il avait décidé d'aller faire la guerre aux Français après la prise de Laghouat le 04 décembre 1852 et la seconde
pour se démarquer définitivement d'un gendre devenu encombrant et qui avait de surcroit vendu son âme à l'ennemi en collaborant honteusement avec lui.


De par les traditions nomades de sa tribu il avait très jeune appris à connaître les profondeurs et les méandres de la steppe et du Sahara, s'imprégant de tous les repères y afférents à ces
paysages sans limites qui lui serviront bien plus tard dans son périple guerrier contre l'occupant français, la solidarité des citadins et des tribus nomades étant le crédo et le cri de
ralliement qu'il a su inculquer et promouvoir entre les autochtones pour contrecarrer la main mise des français et leurs félons sur les richesses du pays.


Il n'ya pas un coin de cet espace infini où il n'a pas engagé le combat contre l'armée française poussant maintes fois l'outrecuidance jusqu'à déshabiller les soldats français et leurs suppétifs
en les dépossédant de leurs armes.


En 1851, lorsque les habitants de Laghouat conscients de l'imminence de l'assaut que l'ennemie s'apprêtait à lancer contre leur ville préparaient stoïquement et dans la sérénité la résistance,
ils envoyèrent une délégation composée des sages de la ville solliciter de Benacer Ben Chohra à la fois fabuleux combattant et fin tacticien de venir organiser la bataille, ils le chargèrent
pareillement de se mettre en contact avec Med Cherif Ben Abdallah pour qu'il vienne lui aussi apporter son aide et son expérience, ce dernier honoré par cette sollicitation accepta de rejoindre
le valeureux Benaceur Ben Chohra à Ksr El Hirane.


Benaceur Ben Chohra organisera en 1851, une autre rencontre entre Yahia Ben-Maamar l'autre héros méconnu et oublié de l'histoire et le khalifa de Djelfa Cherif Ben Lahrèche qui sera désigné plus
tard Agha des Ouled Naïl par le colonisateur à Chebka près de Berriane en vue de coordonner la lute contre l'occupant, une entrevue qui capotera par la faute du Chérif Ben Lahrèche qui ne daigna
pas répondre à l'appel pressant lancé nijustifier son absence à cette réunion capitale.


En 1852, le 31 juillet Benacer Ben Chohra s'attèlera à la fortification de Ksar El Hirane en prévision de l'imminence des combats pour la défense de la ville de Laghouat  qui s'apprêtait à
subir le plus grand assaut d'une armée constituée de plus de 6.000 soldats et de mercenaires armés jusqu'aux dents et soutenue dans sa sale besogne par des suppétifs algériens dirigés par Ben
hamza de Ouleds Sidi Cheikh.


Benaceur Ben Chohra s'acharnera comme à son habitude à défendre vaillamment la ville de Laghouat et ses Ksours mais l'utilisation à profusion par l'armée française de l'armement
chimique et des lances flammes basculera dans l'horreur et le génocide l'issue d'un combat disproportionné à tout point de vue.


Après la chute retentissante de Laghouat et le génocide perpétré contre ses habitants par la soldatesque françaises, il rejoignit le chérif Mohamed Ben Abdallah à Rouissat (Ouargla) et agit en
coordination avec lui pour unifier la Résistance avec comme seule devise "il faut d'abord nous compter, nous grouper, pour agir mieux ensuite".


à suivre