Laghouat, les années 40, Bribes de vie-par si Mohamed Heboul-

Publié le par LAGHOUATI

 

Ce matin je n’avais aucun article à publier, cela arrive très rarement, comment faire ? C’était cette question que je me suis posée en me réveillant à 4 heures. J’ouvre mon micro et je vois dans ma boite un mail de notre vieil ami Ghadames ( c’est le surnom que notre ami s’était donné du nom de la ruelle qu’il a habitée au schttet). Je savais que si Mohamed avait toujours de belles petites surprises dans sa « gibecière », il n’écrivait pas pour rien. J’avais bien raison de le penser, un mail d’une dizaine de pages était là, bien blotti , presque timide attendant que l’autre nostalgique veuille bien l’ouvrir.et sachant que cela ferait énormément plaisir au destinataire et lui enlèverait son souci et sa crainte de ne pas pouvoir publier ce matin.

Il avait bien raison le mail, j’étais heureux comme un petit enfant qui aurait retrouvé un objet perdu et qui lui était cher. Je savais bien que quand si Mohamed m’écrivait ce n’était pas pour rien ! Le titre était Laghouat les années 40, bribes de vie . Merci si Mohamed pour avoir introduit de la joie dans mon cœur et de m’avoir permis de vivre ou de revivre une période très belle du passé de notre ville .

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Bonsoir Si Mohammed et meilleurs vœux 2013 pour toi, les tiens, Dr Ahmed Benhaouache 

et tous nos amis du site auxquels je propose cette modeste contribution de bribes de vie

des années 40 en cette merveilleuse oasis qu'était notre chère  Laghouat...

De nombreux noms de chez nous y sont cités alors qui pour leur plus grande part, ils sont au Paradis.

 

 Laghouat, années 40, bribes de vie... 

 

 

Laghouat, vue partielle de la ville annees 4O/50 

                             

La Mosquée "El Saffah" construite juste après la conquête de la ville par des maçons italiens, dont l’un,  

Giacomo Molinari, demeura à Laghouat et se convertit à l’Islam. Mort en 1908 à 94 ans ; astronome à ses  

heures, dit-on, il aimait observer la voie lactée. 

 

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 En faisant une recherche d'images sur Laghouat, pour le compte d'une amie blogueuse,

 ne voilà-il pas qu'à mon tour le net me fait découvrir quelques instants de ma jeunesse

que j'ai stockés instinctivement.


Et l'envie de vous les soumettre a été plus forte encore !!! Cela me permet aussi de citer

quelques noms de laghouatis hélas disparus pour la plus grande part et pour lesquels

je n'ai pu retenir quelques larmes.
Les voilà donc si vous avez le temps d'y jeter un petit coup d'œil

 

 

   - La première image que j'ai trouvée est celle d'un poème sur

ma ville de naissance, LAGHOUAT, l'oasis qu'on appelait "La Porte du Sud"

écrit par Claude-Maurice Robert.


Claude-Maurice ROBERT, écrivain, à qui je tapais à la machine ses écrits pour en faciliter l'édition, résidait depuis longtemps à Laghouat, rue du  Kabou, dans une maison avec jardin. Il se retrouvait presque tous les soirs avec ses amis, Avenue Cassaigne à l'Hôtel Saharien de Mr Valluis Léo et son épouse Jeanne et aussi, entre autres, Mr Soufi Mohamed, mon cher instituteur, le Juge Brassens , Mr Tadj Bachir dit Baïliche, Greffier (père de Mohamed dit "Largo" un ancien joueur de foot-ball de l'OML, en compagnie de mes amis  Kada Benattallah, Talbi Mohamed, Benamar Tahar, Rayane Mahmoud dit Errous ,le Russe), Mr Dhina Mohamed interprète judiciaire auprès du Tribunal, fondateur en 1948 du Hilal Club de Laghouat (HCL) en compagnie entr'autres de Si Mohamed Bensalem, de Si Abderrahmane Rahmani mon cousin, émérite mécanicien, de "Papa" Hamza (à la mémoire duquel j'ai prénommé mon premier petit-fils, Hamza), Mr Fernand Bourgeois, mon autre instituteur, qui sera muté à Miliana - en même temps que Mr Kahlouche Arezki et Mr Dieudonné, notre Directeur d'Ecole qui attendait à l'entrée, accompagné de son gros chien, tout retardataire pour lui provoquer la peur de sa vie -.Et Mr Bourgeois  deviendra mon correspondant au Collège Moderne de Garçons de Miliana et  me fera partager sa table familiale tous les dimanches. M'y rejoindront par la suite, Mimouni Attallah, Gourine Madani, Ferhat Said, Baïliche Baïliche (Tedjini-Baîliche ?). 

 

Et il y a quelques années, dans ce même collège, je devins à mon tour correspondant de Benyoucef Ferhat, Directeur de la Station d'Epuration des Eaux de Laghouat et fils de mon ami Hadj Lamine.

 

L'Hôtel Saharien se trouvait près de la Porte d'Alger, au début de l'Avenue Cassaigne, El M'Gattâa.  

Il fut détruit post-indépendance et remplacé par une structure qui ne lui fait pas honneur. 

 

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L'Hôtel Saharien comprenait 43 chambres, une annexe, deux restaurants, deux bars, une agence de voyage, une villa d'hôte, un grand garage pour les voitures des passagers et avait comme acheteur Mr Tidjani aux yeux toujours malades et larmoyants et qui me témoignait beaucoup d'affection, peut-être parce qu'il n'avait pas d'enfants.

Sur les murs intérieurs du "Grand Restaurant", domaine de Mr Bribèche, des peintures à l'huile représentant l'oasis de Laghouat, des paysages sahariens, caravanes, chameaux, gazelles, troupeaux, tentes, nomades, réalisées par Mr Casalta, un artiste d'origine italienne, je crois, et que j'ai eu la chance de côtoyer en lui passant pinceaux et peintures lorsqu'il était sur son échelle en plein travail.  

 

 

  

 LAGHOUAT 

 

D'opale dans l'écrin d'émeraude des palmes
Où le vent du désert fait un bruit de marée
Par ces soirs printaniers, si lumineux et calmes
Laghouat a des langueurs de vierge énamourée

 

De la haute terrasse où sans fin je l'admire
Les cubes de ses toits font un vaste damier
Et l'ardeur du couchant fait de chaque palmier
Un feu d'or crépitant sur un mat de porphyre

 

Les sierras sans humus brasillent tout autour
Et le rocher des chiens avec sa vieille tour
Que l'ombre qui s'allonge embue et passe à l'encre


Evoque on ne sait quel vaisseau fantôme à l'ancre

Heureux, je reste là jusqu'à l'heure où la lune
Ronde et rouge, émergeant de l'immensité brune
Fanal au poing de quel secret lampadophore ?
T'illumine, O Laghouat et rend plus belle encore !

 

Avril 1941
Claude-Maurice Robert

 

 

- La deuxième image découverte est celle de l'Hôtel Transatlantique,appelé alors  "Le Transat" devenu l'Hôtel Marhaba où, dans les années 40, se trouvait en résidence surveillée

le Bey de Tunis, Moncef  Bey en raison de grandes difficultés politiques avec les autorités françaises, la Tunisie étant sous protectorat français .

 

 

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Moncef Bey, nom francisé de Mohamed El Moncef Bey, né le 4 mars 1881 à Tunis et décédé le  1er septembre 1948 à Pau, est bey de Tunis du 19 juin 1942 à sa destitution le 15 mai 1943. Il est l’avant-dernier représentant de la dynastie husseinite

 

Le 14 mai 1943, le départ de Moncef Bey  pour l’exil, à  Laghouat, cité du sud algérien, décidé par le général Juin, arrivé la veille à Tunis pour assurer l’intérim de la Résidence générale, s’est effectué dans des conditions indignes de la France. A six heures du matin, les généraux Jurrion et Morreau se présentent au domicile de Son Altesse et le prient de s’habiller pour les accompagner à la Résidence pour affaires urgentes. En cours de route, le cortège bifurque vers l’aérodrome d’El Aouina. Il est alors embarqué. Trois heures plus tard, Moncef Bey atterrit en plein Sahara, à Laghouat, où un petit pavillon lui est réservé

 


 

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 Rue d'El Kabou ou de la Grande Seguia

 

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 L'Hotel Transatlantique est devenu Le Marhaba (style Pouillon)

 

 


 

 

  Avec des copains, tout jeunes que nous étions, nous rendions "visite" au Bey,

assis sur la terrase de l'hôtel qui surplombait une ruelle - El Kabou- où nous nous

tenions et échangions quelques paroles avec lui. Ces instants faisaient de nous

des "GRANDS", face à sa simplicité et ses facultés de se mettre à notre niveau.


Le Bey fut ensuite transféré à Ténès, ville côtière d'Algérie, où existe encore

la Villa du Bey ou "Dar El Bey" où il fut détenu et qui sert de villa d'hôte au

Wali de Chlef et après en France, à Pau, où il résida jusqu'à sa mort

 
 

 - Et la troisième image est celle de la prison de la ville, disparue depuis, où avec mes camarades Tadj Bachir et Tadj Mahmoud - dont je salue les enfants -nous fumes incarcérés pour une douzaine de jours à l'âge de 13 ans pour les motifs ci-après déjà relatés.

 

 

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   Histoire vraie

 

Ca se passe dans une ville oasis du sud - Laghouat - durant l'année 1945, pendant

la deuxième guerre mondiale opposant les Français aux Allemands. Dans les casernes

de la ville étaient détenus des prisonniers allemands qui, des meurtrières des murs d'enceinte,

quémandaient par gestes, de la nourriture aux passants qui eux-mêmes en manquaient.

C'était une période dure et de privations. Ces prisonniers étaient très jeunes et la plupart blonds. Nous étions 3 copains, tous âgés de 13 ans habitant tous l'Avenue Cassaigne et ne comprenions pas que ces ‘roumis' habitués au lucre et l'aisance en soient arrivés à l'aumône, la misère étant réservée aux indigènes miséreux que nous étions.


Affiliés aux SMA (Scouts Musulmans Algériens), nos Chefs nous inculquaient la fibre nationaliste entre autres et aux dires de l'un d'eux, Si Lamine Hadj Aïssa, si les Allemands gagnaient la guerre contre les Français, l'Algérie obtiendrait son indépendance !


Additionnées à notre humanisme et patriotisme  naissants, ces paroles nous poussèrent à la charité dont la plupart d'entre nous en avaient si besoin ! Mes copains et moi cherchions par ci, par là, quelques restes de pain rassis comme El Mella (pain cuit dans le sable) que mon père  n'avait pas mangée alors qu'il était khammès (pour 1/5ie de la récolte) à la dhaya au sud-ouest de Laghouat. Nous  grignotions aussi sur nos maigres repas pour en jeter le résultat aux prisonniers allemands.
L'Administrateur de la ville, HIRTZ, de sinistre renommée, l'apprit et nous fit arrêter

et jeter en prison !

Emprisonner des gosses de 13 ans !!!

 

Nous voilà donc dans une salle avec des détenus de droit commun. Au fond de cette salle se

trouvaient les tinettes (de grands fûts au dessus desquels se trouvaient deux poutrelles)

desquelles se dégageait une odeur acre des plus nauséabondes et étant les derniers arrivants,

nous eûmes l'infortune d'en être les plus proches !

 

Les autres prisonniers de droit commun nous tranquillisèrent et nous encouragèrent,

« les prisons étant faites pour les vrais hommes » à leurs dires et qu'il nous fallait penser

à la libération pour alléger nos peines juvéniles, etc...etc...Nos parents ne purent nous

rendre visite durant notre détention et faisaient le pied de grue continuellement devant la prison 

Et Mr BENSALEM Mohamed, responsable local de l'UDMA (Union Démocratique du Manifeste Algérien, appelé aussi "Bouchoucha", parti de Mr Ferhat ABBAS, se démenait sans cesse auprès de l'Administrateur HIRTZ aux fins d'obtenir notre élargissement ce qui se fit après une douzaine de jours.

 

Ni envieux, ni rancunier, encore moins revanchard, j'ai donc en si peu de temps côtoyé les princes,l'écriture, la peinture, la prison...

Ainsi va la vie avec ses hauts et ses bas mais elle mérite d'être vécue...surtout l'indépendance acquise. 

 

 

Et Gloire à nos Chouhada que nous n'oublions pas

 

Moudjahida Djamila Bouhired

 

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Poème de Djamila Bouhired : la douleur 

 

 

La douleur d’une seule main nous avons brandi le glaive de la foi,

d’une seule voix nous avons porté le cri de la liberté. Nos cœurs unis,

nos corps meurtris, vous êtes partis et je suis restée là...

mon cœur meurtri, mes mains flétries.

 

Novembre après Novembre, jour après jour, chaque nuit et à chaque instant,
mon cœur bat au rythme des canons ; et chaque coup porté frappe tout mon être.
D’un seul pas nous avons marché vers la liberté, d’un seul élan nous avons
arraché notre dignité. Nos forces unies, nos âmes enlacées, nos cœurs lacérés,
vous êtes partis et je suis restée là... mon âme endolorie, mes larmes taries.
 Novembre après Novembre, année après année, chaque jour et à chaque souffle,
mon âme souffre ; et l’air me paraît si lourd.
 
Oh, douleurs, logées en mon sein tel un enfant nourri de mes souvenirs incandescents,
abreuvé par mes larmes de sang ! Seule, je marche dans tes rues, mon Algérie,
notre Algérie tant aimée. Seule je crie, encore et toujours pour la liberté et la dignité.
Mon cœur uni au votre, j’avance avec vous côte à côte, vos pas frôlent chacun de mes pas,
vous êtes ma force et vos enfants sont mon espoir, je ne suis pas partie avec vous...
et vous êtes là pour toujours.
 
Novembre après Novembre, j’irai porter des fleurs sur vos tombes.
Novembre après Novembre et au-delà, je vous porte en moi, mes frères et mes sœurs,
mes mains scellées aux votres par la douleur, mon cœur uni au votre par l’amour d’une Algérie qui sera toujours notre.

 Djamila Bouhired

 

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Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans M.Hebboul

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Dania 29/01/2015 23:41


Merci l'ami de cette amie blogueuse 


d'avoir pensé à partager ce trésor avec ton ami, 


pour le partager avec ses amis .


Je suis sûre que lui aussi sait que son "amie" lui réservera le meilleur accueil !!


Merci ... mes amis Laghoutis !!


 

Ahmida MIMOUNI 13/01/2013 09:22


Merci à Si Mohammed Hebboul de nous prendre ainsi par la main pour une merveilleuse ballade dans le temps et l'espace de notre "masqat errâs". Ces quelques images viennent me confirmer que notre
ville n'a jamais été une ville ordinaire.