En 1958 ,en CM1 nous avions un"bourreau d'enfants" comme instituteur.

Publié le par MOHAMMED HADJ AISSA

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Ce matin en me réveillant de très bonne heure comme d’habitude, un souvenir vieux de plus 50 ans est revenu à la surface ; en fait ce souvenir , je ne l’ai jamais  vraiment oublié  . J’arrive à me le rappeler dans ses moindres détails car il a profondément marqué ma conscience et toute ma personnalité par la suite. Il m’a également permis de comprendre les sentiments  que les humains ont entre eux et les relations que peuvent avoir les communautés entre elles. Il s’agit d’un évènement survenu à un âge où l’on n’oublie pas facilement. J’avais onze ans et j’ai découvert ce jour là un sentiment chez les hommes que je ne connaissais pas et dont je ne soupçonnais même qu’il puisse exister.

J’étais en CM1 et nous avions comme instituteur un certain Merchadal qui habitait en famille dans un appartement au dessus de l’école laïque. Sa classe était en face du murier où était accrochée la grosse cloche avec laquelle on annonçait les entrées, les sorties et les récréations. Il était blond et avait les moustaches en guidon. Il ressemblait à un viking, il était pour nous , ses  élèves , une vraie terreur . Il avait des yeux d’un bleu intense qui vous glaçait, qui vous paralysait et vous laissait sans geste et sans parole. On en avait une peur bleue  et nous le haïssions en secret.

 Nous avions comme camarade de classe un certain Lalou , fils du propriétaire de la station services de la porte d’Alger . Sa famille habitait à el kabou ,pas très loin de chez nous . Il avait toujours un béret noir à la tête. Il était d’une grande timidité, il était toujours seul et ne fréquentait personne. Il avait d’énormes difficultés scolaires et pouvait à peine suivre les cours. Mais il n’y avait pas que cela, le comportement de l’instituteur n’était pas là pour l’aider à s’améliorer.

Un jour ,l’instituteur  le  fit passer au tableau pour résoudre un exercice de calcul , c’était une multiplication avec un nombre de trois chiffres et la retenue. Le pauvre Lalou était complètement perdu , il a beau essayer mais impossible pour lui de trouver la solution. Son désarroi et sa peur ne faisaient qu’augmenter à mesure que le temps passait. L’enseignant commença par le laisser faire sans dire un mot pour l’aider ou l’orienter vers la solution, il le laissait faire en lui faisant refaire l’opération plusieurs  fois. Ensuite il passa à une autre méthode, celle des sarcasmes et des humiliations  . Notre pauvre petit camarade était tout pale, son front suait et ses mains tremblaient de peur jusqu’à ne plus pouvoir tenir la craie. C’était une vraie séance de supplice . Nous assistions à cette terrible scène sans un mot , craignant qu’il ne fasse passer un autre élève à la place de notre pauvre camarade . Enfin l’enseignant passa à un autre stade de l’humiliation , pendant que notre camarade avait le dos à la classe , le « bourreau  d’enfants»  s’avançait vers lui avec la pointe du compas en avant pour lui piquer le derrière à travers un petit trou que Lalou avait au pantalon . Notre camarade sursautait à chaque fois  tant la douleur était intense. Un sadique, pas d’autre mot ! il jubilait à la vue de ce petit-être  humilié , mort de peur et continuant à subir quolibets et railleries de la part d’un adulte cruel et impitoyable.

Et il ne se contenta pas de cela , il envoya un de nos camarades chercher son fils qui était en CE2 . Quelques instants passèrent et le petit Merchadal  faisant irruption dans la classe, s’entendit dire par son père «  Montre lui comment on fait ! »  Et lui de s’exécuter illico-presto. La solution fut immédiatement trouvée. L’enseignant commença à féliciter longuement son fils avant de déverser une nouvelle fois son « venin » sur le pauvre Lalou qui était comme pétrifié.

Cette terrible scène  me marqua profondément tout comme l’ensemble de la classe et à la sortie des classes nous fîmes vite d’aller soutenir et réconforter notre camarade qui se montra très sensible à cette belle marque de solidarité.

Je crois que je n’ai jamais détesté quelqu’un autant que j’ai détesté ce sinistre individu qui se faisait appeler enseignant et qui n’en avait aucune qualité .

Publié dans SOUVENIRS

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Nehili 21/03/2017 13:44

Faites en sorte de ne pas blesser ou humilier un de vos élèves devant ses camarades.
Ils vous haïront toute leur vie.

A. Kazi 09/03/2017 09:15

Salam aalikom Si el-hadj Med,
Le "bourreau"instituteur d'hier est pour nous l'oiseau rare qu'on cherchait désespérément; quant au prétendu mauvais rendement de l'école d'aujourd'hui, d'une année sur l'autre on perçoit une baisse globale de la qualité de l'enseignement. Désormais l'école actuelle est en panne si on la considère dans son ensemble et, par sa comparaison de l'autrefois.; combien la discipline était cruciale a cette époque, qu'on entendait voler une mouche en classe.
A vrai dire, l'école d'antan remplissait bien son rôle pédagogique.

ZIGHEM 20/11/2012 17:27


Salut à Ahmed Benmessaoud ami de très très longue date où nous étions voisins au Shettet et élèves ensemble à l'école du Shettet (dit : إكول لحفر) dans la classe de M.Vilin en CP2,CE1 dans le
milieu des années 1950 et je citerai entre autres Mlle Banco qui est devenue par la suite Mme Vilin,ainsi que MM. Carcenac, Laury, Magne,Dessalles,Fillanques et d'autres que j'oublie avec le
temps ,cela fait quand méme mine de rien 57 ou 58 ans. Accolade amicale à mon ami Hmaida!

ahmed benmessaoud 20/11/2012 09:30


Trés interressante synthèse d'une époque où les ténors durant les années cinquante à 62 étaient à l'école et subissaient le long parcours des cours élèmentaires. Au Shettet, il y avait le
regretté TALBI qui propulsait avec ses moyens de bord les "autochtones" dans la lecture, le calcul, et l'écriture selon une variante à deux paliers. Chaque fin d'année étaait couronnée par une
fète initiée par le bachagua Ferhat qui nous pourvoyait des meilleurs beignets du monde. Puis vient l'école du shettet, le staff enseignantétait quasimment Français. Parmi eux, il faut le dire,
il y avait d'excellentes personnees et pédaguogues 'les Célèbrans, Vilain et tant d'autres) mais aussi comme vous le dites un bourreau d'enfants comme Mr. Gentil qui n'était pas gentil dutout.
C'était en CM2, avec lui l'nfer avec le passage au tableau avec des questions comme "la lune est dans ma poche". Vous répondez "oui" ou "non"., c'est chaque fois un déluge de punitions, via le
côté raide et tranchant de la règle. Un trés mauvais souvenir. Il y avait un autre Mr.Fillanques, qui dans les heures creuses et les jours férié montait la garde en uniforme à "Dar Tressiti", la
centrale électrique dynamitée la veille du 14 Juillet par nos valeureux combattants.

Mustapha 04/01/2012 18:00


Bonsoir si Mohamed


il y a un problèmes, nos commentaires ne passent plus.

MOHAMMED HADJ AISSA 04/01/2012 18:02



ils passent  bien , la preuve celui là est passé



Benkattas Aissa 04/01/2012 15:40



TADJ Djelloul 04/01/2012 09:18


Si hadj Mohamed vous me rappelez mon ancien instituteur français et qui était aussi directeur d'école Mr BRUN à l'école Maamourah-jardins (mes amis Dr Benhaouache et si Aissa Benkattas se
rappellent bien de cette période). cet instituteur n'admettait pas que nous les ARABES étions les meilleurs élèves de sa classe et lors de la distribution des livrets scolaires (après les
compos)il devient furieux car les 10 premièrs étaient des ARABES 1 jour il laissa éclater sa colère en lançant cette phrase en direction des français (filles et garçons), dont je me rappelle
toujours,  leur langue n'est pas le français et si c'était leur langue ...