Devenir du monde agraire : de si grandes espérances Par Mohamed-Seddik LAMARA

Publié le par LAGHOUATI

Devenir du monde agraire : de si grandes espérances

 

Par Mohamed-Seddik LAMARA

 image008.jpg

 

L’interview accordée par M. Sofiane Benadjila au quotidien El Watan, ne peut laisser insensible. Je suis convaincu qu’elle va constituer une franche amorce pour un vaste débat national et une source d’inspiration pour nos gouvernants où ils pourront, face à l’inquiétante érosion des ressources pétrolières, trouver des pistes de réflexion pour la mise en œuvre d’une stratégie urgente et concertée au service du renouveau du monde agraire. Aussi, j’ai jugé, par souci de visibilité, de remanier mon commentaire posté dans le blog et, dans le même temps lui, joindre ma contribution remaniée sur les ambitions de l’Association « El Argoub » qui , au même titre que celles de si Sofiane, sont porteuses de si grandes espérances. Pour peu que nos décideurs daignent les écouter.    

Félicitations donc à Monsieur Sofiane Benadjila. Une analyse de haute facture sur l'état des, de notre agriculture. La catastrophe annoncée, dès l'indépendance de nos terroirs progressivement et inexorablement ravagés par une double désertification, agraire et humaine, a été accompagnée par le délitement des professions agricoles, la disparition des patrimoines génétiques et semenciers et l'abandon de cette grande culture de vulgarisation des techniques culturales et d'élevage alors dispensées par les défuntes SAP, SIP et autres SAR. Mon père, ALLAH yarhmou qui était l'un des premiers cadres de l'agriculture formé à la fin des années trente dans le prestigieux institut du jardin d'essai (Alger), était un vulgarisateur aguerri qui avait été chargé dés 1946 de la réalisation d'une oliveraie de plusieurs milliers d'hectares dans le Hodna (plan Marshal) mais dont la survie a été contrariée par les événements de la lutte de libération nationale, pour péricliter après l'indépendance, faute de revivification. Ce rappel, je l'ai convoqué juste pour m'appesantir comme l'a si bien fait Sofiane, sur la déliquescence de l'encadrement du monde agraire livré, depuis, à toutes sortes de bricolages ayant conduit à sa régression, pour ne pas dire arriération. Et dire qu'au recouvrement de l'indépendance, nos responsables se désolaient, doctement, de l'héritage d'un secteur agricole marqué par la dualité de deux pratiques agricoles, celle dévolue à un domaine colonial moderne et florissant et l'autre, aléatoire, laissé aux indigènes dépossédés de leurs meilleures terres. Une dualité qui jusqu'à ce jour n'a pu être vaincue.

 

 la révolution agraire, à la suite de l'autogestion - attribuée à une situation de fait, en l'occurrence, le départ massif des colons - a précipité la déstructuration du patrimoine agricole agricole. Il convient désormais de mettre en point de mire l'argumentaire selon lequel un tel renouveau restera longtemps subordonné à un financement massif et à un apport technologique et de formation de grande envergure. La mise en valeur de l’immense désert de Californie que d’aucuns avaient qualifiée de lubie, a été une odyssée réussie et aboutie grâce, justement, à un tel engagement. Les grands cadres, les meilleurs, formés par l’institut National d’Agronomie d’El Harrach et  l’institut de Mostaganem ont pratiquement été laissés en jachère au profit d’experts étrangers loin de dominer le vécu du monde agraire Algérien. Que sont devenus ces dizaines de centres de formation agricole implantés à proximité de terroirs prometteurs. Et ce Haut Commissariat pour Le Développement de la Steppe (HCDS) - où j’ai failli faire carrière en ma qualité de technicien en hydrogéologie – De si grandes espérances jetées aux orties des champs de l’exclusion.

 

 Il ya lieu, heureusement, de pondérer ce pessimisme ambiant quand on voit de jour en jour, des esprits lumineux, à l’exemple de si Sofiane Benadjila susciter un débat capital sur le devenir du monde agraire en mettant en avant le pari de l’indépendance alimentaire. Plus redoutable que les menaces guerrières, l’arme alimentaire n’est plus une  simple vue de l’esprit mais une véritable épée de Damoclès, dès lors que notre pays recourt de plus en plus à l’importation des produits alimentaires et des intrants de l’agriculture.

Des personnes désintéressées militent dans une humilité patriotique pour hâter la promotion généralisée d’un secteur agricole resté en rade du développement dans son acception durable. C’est le cas des membres de   l’association « El Argoub » de Laghouat. J’étais loin de m’imaginer qu’il existât à Laghouat un si louable dessein relevant d’une véritable œuvre de civilisation et de progrès. Bravo à cette dynamique équipe composée de personnes   motivées et expertes dans le domaine de l’agronomie. Enclencher une « révolution verte » dans le sud du pays, est à l’évidence, un fabuleux challenge tout à fait à la portée des laghouatis qui ont, de tout temps, démontré leur pugnacité et ingéniosité à surmonter les adversités d’où qu’elles viennent. Se relever d’un terrible génocide, perpétré en 1852, par le tristement célèbre général Pélissier et au cours duquel pas moins des deux tiers de la population ont été décimés et l’oasis ravagé est, en soi, un signe révélateur d’une telle pugnacité. Le défi porté à tour de bras par cette équipe composée d’experts et d’étudiants volontaires vise, non seulement à faire renaître de ces cendres la merveilleuse oasis (Laghouat est le pluriel de « ghaout » qui veut dire maisons entourées de jardins) magnifiée par de célèbres peintres à l’exemple de Delacroix mais, également à reproduire son schéma originel extra-muros, afin de rompre avec le profil hideux de zones urbaines nouvelles sans âme ni charme. Une vision des plus exaltantes quand on s’imprègne des esquisses élaborées incluant toutes les approches : agronomiques, environnementales, économiques, historiques, culturelles et sociologiques. Un travail de pros. 

A un moment, en regardant défiler les prometteuses images dela vidéo postée dans le blog, je me suis senti transporté dans un des espaces de la Silicone Valley où, des hommes de bonne volonté, armés du bon sens que procure le recours à l’investigation scientifique et à la concertation sans exclusive, réussissent à réaliser des miracles. Sans aucun doute, l’association « El Argoub », est sur cette voie. Autour du fermier, M. Brik (le manager en chef) s’exprimant dans un anglais parfait et  à l’allure d’un yankee accompli, des chercheurs, des universitaires, des pédagogues et cet incontournable phoeniciculteur campé par le distingué oasien, Moulay Moulay, un septuagénaire  grimpeur-polinisateur (un speeder man) des palmiers les plus élancés, s’offre un tableau idyllique annonciateur, à Laghouat, d’un renouveau agraire certain. La ferme privée de Hadj Mohamed Brik est devenue, à force de persévérance, un véritable jardin d’essai où l’on peut rencontrer de longues rangées de palmiers dattiers de toutes espèces, l’expérimentation de surprenants cultivars, l’élevage expérimental de diverses espèces animales  ainsi que l’introduction de variétés arboricoles , maraichères et horticoles exotiques que les sols d’El Assafia semblent agréer maternellement. Ne dit-on pas que, « pour commander à la nature, il faut d’abord obéir à ses lois ». Les américains n’ont-ils pas fait réussir, en Californie la culture du palmier  « deglet nour » dont les rejets-souche (djabar) ont été convoyés depuis Tolga (Biskra). Le fait d’associer, dans une parfaite symbiose, les anciens férus de pragmatisme et la jeunesse locale aspirant au savoir scientifique ouvert sur l’universalité, est un signe probant d’un bel avenir en rupture totale avec le volontarisme d’antan campé par des décideurs péremptoires n’ayant aucune articulation avec le vécu des populations et la réalité du terrain et faisant, la plupart du temps, choux blanc.

 Le dirigisme par trop rigide adopté par ces mêmes décideurs a engendré de  préjudiciables ravages au secteur national de l’agriculture. Il continue d’en pâtir jusqu’à ce jour du fait, justement, de l’impasse qui a été faite sur l’association des premiers concernés, en l’occurrence, les premiers acteurs des terroirs. A ce propos, il  m’importe de rappeler – pour avoir, avant d’embrasser la carrière de journaliste, été un technicien hydrogéologue au projet « Algérie 9-Hodna » de la FAO ayant engrangé de précieuses connaissances sur le management des professions agricoles – la bévue des responsables locaux de Laghouat dans l’adoption du schéma de gestion du périmètre agricole de Mekhareg.

 C’était à la fin des années soixante dix, quand il a été décidé, dans la précipitation, de confier les coopératives agricoles de production de la révolution agraire (CAPRA) à… des pasteurs-nomades sans prendre la précaution de les, suffisamment, initier aux méthodes culturales. Le résultat, plus que déplorable, n’a pas tardé à se confirmer. Les attributaires à qui on a, par excès de populisme ou par une générosité de mauvais aloi, adjoint à leurs moyens de production un consistant cheptel d’ovins (brebis reproductrices et béliers), ont, par réaction atavique, fatalement privilégié l’élevage aux  cultures maraichères et à l’arboriculture. Les effets d’un tel penchant, du reste tout à fait naturel, s’est soldé par une prolifération de la production animale au détriment des deux autres activités (maraichage et arboriculture). En l’absence de superficies réservées aux fourrages, les cheptels se sont rabattus sur les potagers et les vergers pour en faire leur alimentation de prédilection. Au cours de la cérémonie d’attribution des ovins organisée au village socialiste « Nacer Benchohra »,  je ne pu m’empêcher de faire devant le premier wali de Laghouat, Mustapha Benzaza, la remarque accréditant la thèse de ce mauvais choix. L’ivresse socialisante avait, malheureusement, rabroué, sans  appel ma mise en garde inspirée de ma modeste expérience acquise auprès d’experts internationaux chevronnés de la FAO.

 Un tel témoignage a été fourni par ma personne, à el hadj Tahar Rouighi (un ingénieur agronome chevronné), à l’occasion du reportage que j’ai effectué, au milieu des années quatre vingt en sa compagnie sur l’état désastreux du périmètre de Mekhareg suite à cette incurie. Il peut en témoigner. Incurie, disais-je, ce n’était pas hélas, la seule puisque, lors du choix de l’assiette d’implantation du village socialiste, les mêmes autorités avaient été prévenues par un vieil homme de la tribu des larbaa que, selon les faits transmis de génération en génération, cet endroit était, périodiquement, sujet à des inondations survenant tous les quatre vingt ans. La nature ne pouvait être impunément démentie. Le furieux oued M’Zi supplée, quand il était rentré en crue par son cadet, l’oued J’dei a, à ce point de culmination temporelle, submergé, quelques années après, la totalité du village. Mon but, en faisant ce long détour, consiste à inciter, en toute modestie, les professionnels de l’agriculture, à pécher par excès plutôt que par défaut dans leurs approches d’aménagement des terroirs afin de ne pas, en tournant le dos aux démarches inclusives, de tomber dans le travers des projets bâclés et leurs corollaires, comme cela a été le cas pour Mekhareg, la désertification des sols et des populations (exode rural). Mon ami et frère Mohamed Hadj Aïssa, que Dieu nous le garde, a merveilleusement résumé une telle vertu en ajoutant à l’énumération des dix principes invoqués par Hadj Mohamed Brik, pour rattraper les pays développés, un onzième : « la communication et l’écoute attentive de l’autre.» Là, est en effet le véritable enjeu pour la réussite de projets d’envergure.

 

 Dans un de mes articles paru, au début des années quatre vingt dix, dans le quotidien EL Moudjahid  j'avais « osé » affirmer que l'Algérie ne pouvait se prévaloir d'être un pays agricole mais seulement prétendre à en avoir la vocation. Levée de boucliers et réaction outrée du ministère de l'Agriculture de l'époque. J'ai failli être interdit d'écriture. Hélas, nous sommes indigents en matière de culture agraire. Et dire que ce magnifique terme, la culture, a été tiré du mot...agriculture. M.S.L

Publié dans Med Seddik LAMARA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

BRIK Mohammed 26/12/2014 22:44


Tout d'abord je tiens a remercier Mr Lamara pour ses contributions qui ont booste ce Blog en lui insufflant un tempo qu'il serait difficile de suivre.


Pour ce qui est de la contribution de Sofiane Benadjila elle tombe a pic vu la conjoncture actuelle que traverse le pays et le soudain regain d'interet vers le tourisme et l'agriculture???.Pour
ne pas etre trop long je vous fais part d'un sujet qui a ete discute en long et en large lors de mon dernier sejour a Turin pour recevoir la distinction au nom de l'association , c'est la
problematique de la gouvernance ,les differents intervenants insistaient sur le fait que cela devait intervenir dans une dynamique horizontale d'abord puis ensuite dans un processus ascendant
cela voulait tout simplement dire que dans le monde actuel et pour plus d'efficacite tout devrait etre discute,traite ,negocie au niveau des communautes ou des societes pour operer une ascencion
vers le haut ou se prend la decision finale c'est le fameux principe ''bottom up'' c.a.d le contraire de la centralisation a outrance que connait ce Pays depuis toujours en fait.


Pour ce qui est des politiques agricoles depuis l'independance il est vrai que des erreurs dramatiques ont ete faites,il est bon de les rappeler pour ne pas les repeter mais il est egalement
inutile de nous attarder sur ces erreurs car cela ''urge'' d'enclencher le plus vite possible ,non pas une reflexion,mais un plan d'action pour remettre l'agriculture en Algerie a la place qui
lui est due,avec si possible la systeme de gouvernance/methodologie citee dans le premier paragraphe.


Lors de nos rencontres avec nos etudiants en agronomie qui visitent nos exploitations agricoles nous les incitons a s'investir dans cette agriculture car ils sont les premiers concernes (garcons
et filles) et ne pas se limiter a quemander des postes administratifs (genre Idmaj) et la l'etat doit jouer son role en apportant l'assistance necessaire et nous en tant qu'agriculteurs
d'apporter nos contributions d'experiences du terrain.


En outre je voudrais lancer un appel a toutes les associations qui font dans la FORMATION , les PROBLEMATIQUES DES COMPETENCES et L'ESPRIT D'ENTREPREUNARIAT que la fondation ETF/EU Turin qui a
distingue l'Association ''El Argoub'' qu'un autre appel a candidature est lance pour 2015,je vais envoyer incessament les formulaires d'inscription en Anglais et en Francais et la date limite est
le 13 Fevrier 2015, donc a toute personne connaissant une association activant dans les domaines cites plus haut de remplir les formulaires et les envoyer a l'adresse indiquee.


Un dernier mot juste pour inviter Mr Lamara a visiter Guenifid et si possible lorsque  Mohammed Hadj AIssa sera de retour de HMD/Guantanamo??? 


Amities


Mohammed BRIK