AH COMBIEN VRAI, AUTHENTIQUE, SINCÈRE, SPONTANÉ ET SANS FIORITURES, EST LE PARLER BÉDOUIN !  -PAR M.SLAMARA

Publié le par LAGHOUATI

AH COMBIEN VRAI, AUTHENTIQUE, SINCÈRE, SPONTANÉ ET SANS FIORITURES, EST LE PARLER BÉDOUIN !

 

Ce soir (soirée du lundi 06/02/2017), j’avais l’âme vraiment en peine, après avoir suivi sur la chaine tv « echourouq », l’émission « echa’ab yourid » (le peuple veut !) consacrée aux affres vécus par les éleveurs et autres pasteurs nomades de la wilaya de Laghouat.
L’émission - dont je salue au passage, son réalisateur pour s’être appesanti sur le noble vécu de ces populations l’ayant, certainement conquis par leur propos digne et sans fioritures ! – a réussi, à mettre, avec brio, à nu la lancinante détresse vécue par les hommes de la steppe.

 

Confrontés, en cet hiver rigoureux (pluie, neige, grêle et inondations) à la rareté des fourrages et au subit renchérissement des prix de l’orge décidé par les pouvoirs publics et l’éhonté trafic par les impitoyables intermédiaires sur ce produit vital pour la survie des cheptels, les éleveurs ont réussi à faire passer un puissant message aux décideurs sensés, un tant soi peu, s’inquiéter sur leur triste sort !

 

Non, nos fiers « ‘roubi » se sont interdit tout écart dans leurs discours. Contrairement aux citadins râlant pour un simple avaloir bouché, ils ont – les vieux comme les jeunes – produit un langage serein, civique et responsable tout à l’honneur de leur hospitalité légendaire empreinte d’excellence et de cet effort de persuasion, apaisé et inégalable, propre au gens de la « ma’na » (le bon sens). Vertus si bien ciselées qui rappellent, quelque part, le viril lyrisme de l’émérite poète de Laghouat Takhi Abdallah Benkeriou !

 

Je n’ai pu m’empêcher de frémir d’admiration en écoutant, ce bel et élancé éleveur « railler », face à la caméra, le gaguesque tableau en montrant la « kachabiya » qu’il portait, confectionnée dans un tissu beige importé de la lointaine… Chine ! La raison ? Les pasteurs élèvent moins de moutons, donc amassent moins de laine. La raison de ce travers ? Il rétorquera tout de go : « le maintien de l’anachronique formule de mise en défens des parcours nous vouant à nomadiser dans un microcosme du reste ravagé par les labours sauvages effectués par des personnes intouchables* »

 

Je n’ai pu m’empêcher de ressentir un ineffable sentiment de fierté, à me délecter de cette analyse mûre - quasiment désolée, tel un fruit blet qu’on a trop tardé à cueillir – faite par un adolescent dénonçant le hideux ostracisme frappant depuis des lustres les populations du sud. « Ils nous interpellent à nous impliquer dans le sursaut du compter sur soi et dans l’essor du pays trahi par le tarissement des recettes des hydrocarbures, alors que ces richesses qui continuent à sourdre sous notre sol, nous ont que peu profité ; pas de pistes, pas de forages, pas d’écoles, plus d’espoir (…) il est, dès lors, illusoire de demander à un moribond de…sursauter !!! »

 

Je n’ai pu, enfin, m’empêcher d’être traversé par un élan d’honneur et de fierté d’avoir côtoyé, en ma qualité de correspondant permanent de l’APS, à Laghouat, durant près d’une décennie et demie (1976 – 1989), ces gens au vécu à hauteur d’homme, à hauteur de si grandes espérances auxquelles ils ont payé un lourd tribut à l’époque de la prise de Laghouat, la ville jardin, l’oasis mythique rasée un certain décembre 1845 par les sinistres Pélissier et Yusuf.

 

Qui se rappelle de la farouche résistance opposée par les laghouati aux troupes coloniales acharnées, et qu’un certain Benaceur Benchohra, qualifié par ses propres ennemis de « marin du désert », leur avait, trente années durant, donné du fil à retordre, jusqu’aux confins du grand erg occidental.

Hélas, depuis, rien ne semble avoir changé! La ville est devenue un désert urbain depuis que l’oasis, inexorablement, se meurt langoureusement, sous la déferlante de l’exode rural et du trafic foncier ayant eu raison des derniers jardins-éden. Oui, rien n’a changé ! Au désert naguère nanti de sublimes résiliences oasiennes on a ajouté… les déserts de la désespérance.

 

*Au milieu des années quatre vingt, j’avais été approché par les notables de Sidi Makhlouf (45 km au nord de Laghouat, venus à mon bureau, dénoncer les labours intempestifs effectués par leurs voisins naïlis sur des centaines d’hectares, au niveau d’une fertile bande frontalière servant de garde manger privilégié pour leur cheptel.


En me rendant sur les lieux, j’ai remarqué, avec effarement les dégâts subis par cette enclave millénaire. J’avais osé « câbler » sur le fil de l’agence d’information officielle (APS) une dépêche qui avait grandement perturbé la quiétude des vierges effarouchées qu’étaient les autorités locales de l’époque. Outrées par mon « outrecuidance », ces dernières, se sont promis de me faire déguerpir de Laghouat manu militari. L’information avait, au grand bonheur des « mekhalifs », produit l’effet escompté (l’arrêt des labours illicites). Et je n’ai quitté Laghouat qu’en… 1989. A contre cœur pour un impératif médical de ma défunte épouse.
Voici la transcription de cette dépêche qui remonte à l’année 1984 et prouvant que les mêmes abominations se répètent :
« A chaque fois que le nord de la wilaya de Laghouat est honoré par une bonne pluviosité bien répartie dans l’espace (parcours fertiles) et dans le temps (précipitations hivernales et printanières), les tenants d’une puissante et intouchable oligarchie des Ouled Naïl, y intervient avec de puissants moyens aratoires. 
Ainsi, cette partie de la steppe septentrionale est impunément « déflorée » et soumise à l’ouverture de nouvelles trouées ; pernicieuses invites à une désertification pénalisante, aussi bien pour l’environnement que pour les pasteurs et leurs cheptels. » 
 Que dire de plus, l’histoire se répète, encore une fois…dans le mauvais sens. A bon entendeur salut !

 

M.S LAMARA, ancien correspondant de l’APS (1976 – 1989) à Laghouat.

 
 
Zone contenant les pièces jointes
 
 
 
 
 

Publié dans Med Seddik LAMARA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article