LA LEÇON DE L’ERMITE AU CHEIKH-SATRAPE DU VILLAGE-PAR M.S.LAMARA-

Publié le par LAGHOUATI

LA LEÇON DE L’ERMITE AU CHEIKH-SATRAPE DU VILLAGE

En ce matin froid et pluvieux, je supposais ne pas trouver mon ami Kadda la mascotte de la placette « Madaure » de Boumerdès bien détrempée de larges flaques d’eau et désertée des chaises sur lesquelles nous nous prélassions, quand survient le redoux, pour réchauffer nos vieux os. Donc, je me suis risqué à pénétrer dans le café du même nom (Madaure) bondé de consommateurs et enveloppé par un épais halo de fumée « pompée » par les tabagiques invétérés. Et le miracle fut ! Kadda était bien là, entouré d’un groupe de retraités - toujours les mêmes - accroché à ses lèvres. Je ne pouvais rater la perle qu’il contait avec, comme à son habitude, une débauche de décapantes fioritures
.
Il me fit l’honneur de reprendre le récit depuis le début car, je suis arrivé au bon milieu de sa narration.
Et à Kadda de « rembobiner » celle-ci avec plus d’enthousiasme en égard à la sincère cordialité qu’il me voue.

Voici l’anecdote ainsi traduite par votre serviteur :

« Qan ya maqan fi qadim ezzaman, un humble homme vivant dans un village envahi par la frime, l’étalage des richesses mal acquises et le « m’as-tu vu ! » Exaspéré par tant d’excès, il aimait rentrer tôt le soir pour psalmodier quelques versets du Saint Coran et plonger dans un profond et angélique sommeil à l’intérieur de sa masure.
A l’aube, il entendit une voix lui susurrer : « fuis ce village maudit ; ses habitants sont des dévergondés, voleurs et encanaillés… » Réveillé en sursaut, il méditât longuement avant de prendre la décision de se faire ermite au bord d’une rivière éloignée du village et rarement visitée par les adeptes de la rapine au milieu desquels, à contre cœur, il vivait.
Il y coula de longs et heureux jours bercé par les murmures du ruisseau se désaltérant de sa cristalline et pure eau et se nourrissant d’herbes délicieuses (pissenlit, reine des près, sauge, cresson et autre blettes).
Un jour, vint à passer tout près de sa hutte le cheikh, Ali Baba patenté du village trônant dans une somptueuse calèche apprêtée pour le mariage de sa fille, une souillon qui devait s’unir à un parvenu « baggar » devenu subitement riche par les artifices de la « chippa » enseignée par son futur gendre.

- Mais que fais-tu ici au bord de la rivière, ça fait longtemps qu’on ne t’a plus vu au village le questionna le « omda » ?

- C’est le brouhaha du douar qui m’en a chassé, j’ai besoin de paix, lui répondit l’ermite,

- Allez quitte ces lieux maléfiques tu risques d’être dévoré par quelque bête féroce, lui répliqua son interlocuteur,

- Non, je me sens bien là où je suis ; tu ne peux comprendre la raison qui m’a poussé à m’y installer !

- Par Dieu, tu dois venir avec moi pour prendre part à la fête de mariage de ma fille et me confier la raison qui t’a poussé à ce misérable isolement, lui recommanda le cheikh engoncé dans ses rutilants habits,

- Je ne peux venir ripailler avec vous dans les « gass’a » (écuelle) de la compromission et de l’illicite ; une voix secrète m’a conseillé de m’éloigner de vous tous !

- Mais de quelle voix tu parles, je suis le cheikh et tu oublies qu’en ma qualité de seigneur du village, elle se devait de s’adresser à moi en premier !

- Impossible, lui répondit l’ermite avec un regard imposant, c’est la voix pure d’une muse qui ne peut caresser les oreilles bouchées par la cire de la malveillance, l’arrogance et la grandiloquence des personnes aveuglées par les richesses de ce bas monde !

Après avoir ouï ces surprenantes paroles de la part de l’ermite, le cheikh partit d’un rire sardonique qui l’empêcha d’entendre le grondement de la crue réveillée par la rivière où se baignait plus haut la muse de l’onde et fut emporté par les flots boueux lui, sa calèche et son cheval richement harnaché.

La morale de l’histoire : ma yanfa3 ghir…essah !

 

Publié dans Med Seddik LAMARA

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